Analyses économiques

Le JP Morgan Coin va-t-il remplacer le Bitcoin?

David Fay-Manzo – 26 Fév 2019

JP Morgan Chase, géant de la banque d’investissement avec 2540 milliards de dollars d’actifs en management direct et près de 30 000 Mds$ d’actifs en dépôt a fait trembler la sphère blockchain ces derniers jours en annonçant la création d’un cryptoactif au nom peu original : le JPM coin. Coinhouse propose une analyse de ce qui est réellement envisagé au-delà des effets d’annonces.

Qu’est-ce-que le JPM Coin ?

Le JPM coin sera un outil interne aux activités de JP Morgan. Aucune déclaration publique ou analyse autour du projet n’entrevoit la possibilité d’un token qui sera accessible directement aux investisseurs qualifiés et encore moins aux investisseurs individuels.

C’est une unité de compte dont le but est de s’affranchir d’une partie des contraintes liées à l’utilisation de monnaies étatiques : lenteur des transactions, frais de traitement et coûts important de comptabilité et d’audits des comptes.

Dans son communiqué, JP Morgan évite soigneusement d’utiliser le terme “Blockchain”, lui préférant celui de “Distributed Ledger” (registre distribué) afin de dissiper les doutes. Le JPM Coin ne sera donc pas une cryptomonnaie sur une blockchain publique comme le Bitcoin qu’ il est possible d’acheter ou de vendre à tout moment et n’a pas pour vocation de le remplacer.

Créer de la monnaie ? Rien d’étonnant pour une banque

À une époque où la monnaie est sous un contrôle sans partage des Banques Centrales, plus ou moins indépendantes des États, créer une sorte de copie du dollar US peut sembler surprenant.

En réalité, d’un point de vue financier, les banques privées, dites commerciales, sont actuellement en grande partie à l’origine de la création monétaire: par le jeu du crédit, elles créent et détruisent chaque jour des quantités colossales de monnaie.

Les banques centrales ont quant à elles pour rôle de fixer les règles de cette création monétaire en terme de réserves nécessaires et surtout le coût financier de ces opérations via le Taux d’intérêt Directeur.

Lorsqu’un crédit est remboursé, la monnaie qui avait été créée est détruite et retirée de la masse monétaire globale. Cette opération n’est cependant pas neutre: le surplus que représentent les intérêts du prêt va subsister, augmentant de fait la masse monétaire totale, ce qui in fine entraîne de l’inflation.

La monnaie privée, un contexte historique

Avant le XXème siècle, lorsque le système des Banques Centrales tel qu’on le conçoit aujourd’hui n’était encore qu’une idée théorique, il n’était pas rare que des banques commerciales créent aussi des “banknotes”, représentant principalement des bons au porteur sur des métaux précieux tels que l’or ou l’argent. On parlait alors de Gold ou de Silver certificate.

Au milieu du XIXème siècle aux Etats-Unis, il y eut la “Free-Bank Era”, où il était possible pour des banques, voire des entreprises avec des activités diverses, de créer de la monnaie sur les réserves en actifs qu’elles contrôlaient. Cette monnaie privée, ticket d’échange contre de la monnaie d’État, connut un certain succès et constituait une monnaie d’échange globalement acceptée à une époque où les activités financières étaient essentiellement locales.

Les fiat-backed stablecoins issus de places de marchés tels que Bitfinex avec le Tether ou Gemini avec le GUSD ne sont donc pas une nouveauté, le principe étant très proche. Une unité de monnaie d’État en réserve permet la création d’un token de stablecoin, et ce dernier peut théoriquement permettre de réclamer une unité de monnaie d’état en échange de son retrait de la circulation.

Dans le cas qui nous occupe, il est certain que le grand public n’aura pas de JPM Coin à moyen terme dans ses portefeuilles cryptos. Même s’il est censé être un stablecoin adossé au dollar US, cet actif a été développé exclusivement pour des échanges institutionnels. Difficile de le catégoriser en tant que cryptoactif à défaut d’une définition plutôt tolérante de la Blockchain pour le comparer à DAI ou XRP.

La fin de Ripple et du XRP ?

Certains s’inquiétaient de l’avenir de Ripple et XRP avec cette annonce, mais puisque le JPM Coin a une vocation d’abord interne, l’entreprise Ripple Labs et son token XRP ne seront a priori pas impactés. Ripple propose des solutions pour les échanges entre les banques et a pour vocation de concurrencer le système SWIFT, une solution purement technologique.

La concurrence n’est donc pas directe et on peut aisément envisager les problématiques entre les banques : il semble peu probable qu’elles adoptent massivement un JPM Coin ou BNP Coin à moyen terme par exemple.

Utiliser les solutions de Ripple ou simplement produire à son tour une sorte de stablecoin interne comme JP Morgan sont des scénarios bien plus crédibles à l’heure actuelle.

Techniquement, comment fonctionne le JPM Coin ?

Se basant sur la technologie des registres distribué ou DLT, le JPM Coin utilise la technologie Quorum dont JP Morgan est le propriétaire et principal développeur. Quorum est en fait une version d’Ethereum modifiée pour être appliquée à un environnement d’entreprise sur la base d’une blockchain privée. Le langage utilisé est le go. Le code est relativement open source donc consultable mais les détails de l’implémentation du JPM coin ne sont pas à notre connaissance publics.

Quorum délaisse les algorithmes de consensus de type Proof-Of-Work ou Proof-Of-Stake. Il n’y a donc pas de minage. D’autres algorithmes comme RAFT et Istanbul Byzantine Fault Tolerant (IBFT) peuvent être mis en place pour mettre en avant la scalabilité du projet, un large nombre de transactions et un temps de création de blocs quasi-instantané.

Une scalabilité rendue possible car Quorum est une blockchain à permission : les seuls noeuds du réseau sont des acteurs identifiés, en nombre limité et autorisés par une ou des entitées centralisées.

Enfin, d’importance stratégique sur les questions financières, le pseudonymat qu’offrent les blockchain publiques n’a aucun intérêt pour un secteur bancaire où les acteurs sont relativements peu nombreux et assez facilement identifiables.

Non dénué d’intérêt technique, ce prototype s’inspire de loin des cryptomonnaies et n’a pas vocation à les remplacer. Cet outil aura une utilité certaine pour JP Morgan en tant qu’unité de compte afin d’améliorer ses process en matière de sécurité et de comptabilité, mais le JPM coin n’a pas pour vocation de participer de près ou de loin à la finance décentralisée.

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