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Entretien avec Rémi Forte, réalisateur du documentaire “Le Mystère Satoshi” sur Arte

6 octobre 2022

temps de lecture 4 minutes

avatar-auteurChloe Bellanca

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” En fait, on ne peut pas comprendre le Bitcoin tant qu’on ne comprend pas qu’il n’y a pas de créateur, qu’il n’y a pas de figure tutélaire derrière. 

Donc au moment où j’ai commencé à m’intéresser au fonctionnement du Bitcoin, j’ai aussi compris que Satoshi était anonyme, et ça, ça m’a totalement bluffé.

Bonjour, je m’appelle Rémi Forte, je suis le réalisateur du documentaire “Le Mystère Satoshi”, que vous pouvez voir sur Arte. Eh bien, je vais vous parler de ce personnage totalement fascinant qu’est Satoshi Nakamoto. 

Satoshi Nakamoto, donc, c’est le créateur du Bitcoin et c’est quelqu’un sur lequel on a très peu d’informations. On sait juste qu’un jour d’octobre 2008, il a publié son livre blanc, qui récapitulait un petit peu toutes les étapes de fonctionnement du Bitcoin. Il est resté un an et demi dans la communauté, et ensuite, il a totalement disparu. Donc c’est aussi cet aspect-là qui est très fascinant avec Satoshi Nakamoto. C’est que c’est un anonyme. On ne sait pas si c’est un individu, un groupe d’individus, une femme, une intelligence artificielle, un robot venu du futur ou un extraterrestre. Fin octobre 2008, sur une mailing list un peu obscure de cryptographes, Satoshi Nakamoto apparaît et publie son livre blanc. C’est un petit peu, effectivement, les dix commandements du Bitcoin.

C’est la Bible du Bitcoin, et donc il l’envoie à cette communauté assez concentrée, assez resserrée de cryptographes pour avoir leur opinion, pour avoir leur avis. Ça faisait plusieurs décennies que ces cryptographes, ces codeurs essayaient de coder une monnaie numérique qui soit viable et qui soit décentralisée. Et donc, en fait, ils avaient un peu perdu espoir. Donc quand ils voient passer le “white paper”, il y en a beaucoup qui n’y prête pas attention. Ça ne fait pas beaucoup de bruit, mais, en tout cas, la première pierre est posée. Et puis, début janvier 2009 donc, deux ou trois mois après, Satoshi lance le réseau. Il publie le code en open source et Bitcoin est lancé. C’est donc, le 3 janvier 2009, la naissance de Bitcoin.

J’ai commencé à m’y intéresser en m’intéressant au Bitcoin, parce que les deux sont étroitement liés. En fait, on ne peut pas comprendre le Bitcoin tant qu’on ne comprend pas qu’il n’y a pas de créateur, qu’il n’y a pas de figure tutélaire derrière. Donc au moment où j’ai commencé à m’intéresser au fonctionnement du Bitcoin, j’ai aussi compris que Satoshi était anonyme, et ça, ça m’a totalement bluffé. Parce que, à cette époque-là, donc, en 2008-2009, on est à l’orée des réseaux sociaux. Internet explose aussi dans nos quotidiens, et c’est juste impossible de ne pas laisser de trace sur la toile. Et cette personne a réussi. Et à ce jour, on ne sait toujours pas qui c’est. 

 

Le Bitcoin vient d’un mouvement qu’on appelle “cypherpunk”, qui est un mouvement qui est né plutôt aux Etats-Unis, donc côte ouest des Etats-Unis, à la fin des années 80, début des années 90, qui est constitué de codeurs, de cryptographes, d’informaticiens, qui, en fait, voyaient l’avènement de l’informatique et s’inquiétaient pour plusieurs raisons. La première, c’était que justement on allait bientôt tout faire via le prisme du virtuel et d’Internet, et donc toutes nos données seraient accessibles aux Etats, mais aussi aux grandes entreprises, enfin à toutes sortes d’acteurs un peu, qui les inquiétaient. Et effectivement, la monnaie était un vrai sujet, très rapidement chez les cypherpunk. Ils ne voulaient pas que leurs transactions passent à travers ce prisme-là et puissent être interceptés par les Etats ou les grandes entreprises. Parce qu’une fois qu’on a connaissance des transactions financières de quelqu’un, on en sait beaucoup sur sa vie. Pour eux, la vie privée est synonyme de liberté, dans le sens où, quand on a moins de vie privée, il y a un certain contrôle 

qui s’installe. Et puis il y a aussi la question de l’argent. Satoshi Nakamoto, dans ses premiers mails, il dit bien que pour avoir confiance en l’argent,

il faut avoir confiance en les banques centrales,

 

et là, je le cite, il dit que les banques centrales ont toujours un petit peu déçu la confiance que les citoyens avaient placée en elles. Donc les cypherpunks veulent créer une monnaie totalement autonome, qui fonctionne sans tiers centralisateur. Ça fait plusieurs années que je m’intéresse à Satoshi Nakamoto, notamment dans le cadre de la série documentaire,

“Le Mystère Satoshi”, que j’ai réalisée et qui est sortie en 2021. Et en fait, on a différentes informations qui resurgissent sur lui ou sur elle, ou sur eux, régulièrement des études, des recherches, etc, donc ce qu’on peut dire, en fait, avec certitude, c’est que c’était quelqu’un d’extrêmement brillant, qui avait des compétences à la fois en économie, à la fois en code, à la fois en théorie des jeux, philosophiquement, c’était quelqu’un de très complet. Et puis, aussi, qui a fait preuve de beaucoup d’abnégation, un travailleur, quelqu’un qui quand il a une obsession, décide d’aller au bout.

 

Parce que voilà, coder le Bitcoin seul, il faut savoir qu’il aurait commencé en 2007, en fait, à écrire le code, à concevoir un petit peu tout le concept de Bitcoin. Ça témoigne vraiment d’une obsession de quelqu’un qui se préoccupe beaucoup de la vie privée et qui veut aller au bout de la mission qu’il s’est fixé. Donc ça, c’est quelque chose dont on est sûr, et également, l’autre chose, c’est que c’est un cryptographe extrêmement fort, qui a réussi,

de A à Z, à camoufler ses traces. Il n’a jamais utilisé sa carte bancaire, il n’a jamais donné son vrai nom, nulle part. Et ça, c’est une vraie prouesse, digne d’un Edward Snowden.

Voilà, on sait peu de choses sur lui, mis à part ces différents éléments-là.

 

Alors, la disparition de Satoshi Nakamoto a permis au Bitcoin d’être un réseau monétaire totalement décentralisé. Il n’y a pas, effectivement, de personne qu’on peut tenir pour responsable, qu’on peut arrêter, qu’on peut emprisonner. Il n’y a pas non plus de tête pensante vers qui se tourner pour prendre des décisions. Donc en ce sens, le Bitcoin est vraiment une cryptomonnaie totalement décentralisée et qui grandit de façon organique.

On n’a pas un individu ou un groupe d’individus qui va influer non plus sur son cours,

en faisant quoi que ce soit, donc je pense à Elon Musk, par exemple, avec Dogecoin, ou ce genre de chose.”

 

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