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Crypto-industrie : quand l’absence de femmes pèse sur le marché

15 mars 2024

Temps de lecture 4 minutes

Agathe Laurent Richard

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Femmes & Web3 est une initiative par Coinhouse visant à mettre en avant les voix féminines qui font l’investissement et le web3. 

Dans cet article, retrouvez l’opinion d’Agathe Laurent-Richard, entrepreneure et consultante Web3 Growth & Marketing et fondatrice de la newsletter 60 Seconds of Web3 Marketing.

Crypto-industrie : quand l’absence de femmes pèse sur le marché

 

Dans les cryptos, le genre, c’est tabou. On aimerait considérer que “les genres n’existent pas”. À chaque nouvel article sur les femmes dans l’industrie, dans les commentaires, ce sont souvent les mêmes réactions: les internautes – du moins ceux qui s’expriment publiquement – considèrent que “ce n’est pas un sujet”. La communauté crypto est effectivement majoritairement masculine. Pourtant, ses fondements philosophiques, libéraux et individualistes, prônent une inclusion de tous et de toutes. De fait, les femmes feraient donc “le choix” de ne pas s’y intéresser.

 

Cet argument est désormais débunké, d’une part par les sondages témoignant de l’intérêt des femmes pour l’investissement dans les cryptomonnaies – surtout Bitcoin – et d’autre part, par la proportion de holdeuses qui ne cesse de croître.

 

Le cryptobro moyen prétend être neutre face au genre. Ah non, il ne voit pas les différences de genre. Drôle ! Je me méfierai de ses choix d’investissement, vu son incapacité à déjouer ses biais. Car il s’agit bien d’une erreur d’analyse. C’est un biais classique des dominants, qui affirment ne pas faire de différences de traitement, sans penser que cela puisse être totalement inconsciemment. 

 

Les femmes du secteur, elles, ont plusieurs moyens d’adaptation: les communautés féminines et une sorte de féminisme individuel technocratique, de la femme experte qui fait son devoir féministe de temps à autre ou qui se replie dans le déni. Elles finissent par céder et adopter le “male gaze” en s’attribuant des rôles féminins très érotisés, ou au contraire de femmes “respectables”, distantes, parfois masculines. Vous savez, celle qui “n’est pas comme les autres”. 

 

Ce qui me marque le plus, c’est l’absence d’études de marketing genré. Alors qu’en un clin d’œil, on sait distinguer une communauté NFT dédiées aux femmes d’un protocole DeFi, soit disant neutre ou mixte. Dans d’autres secteurs, ce genre de pratiques a fait débat: la “taxe rose” sur les rasoirs, les jouets pour enfants et leurs conséquences sur le développement des stéréotypes de genre, le “female gaze” dans le cinéma, et caetera. Dans le nouvel internet, ces questions ne sont toujours pas jetées sur la place publique. Toutefois des femmes des cryptos rejoignent des communautés spécifiquement féminines; d’autres non. N’est-ce qu’une affaire de goût ? Quel serait l’impact de la création d’un onglet rose sur les ventes ? Est ce que le marketing genré est une solution éthique à l’adoption des crypto actifs par les femmes ?

 

Intégrer une fonctionnalité, pour une “minorité” d’utilisateurs…? Quelle absurdité économique ! Les VCs vont mourir de rire. Les codes du secteur se figent autour de valeurs, philosophies, modes de vie et compétences appropriées jusqu’alors aux sexe masculin: l’amour du risque, la folie du gambling, la complexité de la finance, le courage d’entreprendre, le parler franc, le nihilisme, le cynisme… Memes graveleux, références virilistes, partages et repartages de contenus semi-pornographiques dans le Crypto Twitter et les groupes Telegram: certaines contrées de l’univers des Degens, extrême continent du Monde des Crypto-Actifs, sont sans doute les plus repoussantes de toutes pour une femme qui souhaite simplement parier sur la croissance d’un protocole de finance décentralisée et faire du profit. 

 

Loin de moi l’idée de vouloir brider les Degens, ou de stigmatiser les hommes alors que ces comportements sont loin d’être adoptés par la majorité, je propose une idée toute simple: et si on prenait le réflexe, de se poser la question ? Qu’au moins, si l’équipe choisit de construire son produit avec uniquement en tête sa potentielle clientèle, celle rôdant actuellement sur le marché, ce soit fait en conscience. Nous sortirions au moins de l’hypocrisie d’une prétendue neutralité. Choisir, c’est renoncer.

 

Quel serait alors le coût d’opportunité pour cette entreprise de choisir de ne pas intégrer les femmes dans leur conception du produit ? Dans leur communication ?

 

Imaginez que votre produit financier aux tokenomics redoutables, hyper-risqué, n’ait attiré que quelques femmes sur une centaine d’hommes lors de la phase de bêta-testing: Pourquoi ne pas faire à minima une étude qualitative genrée sur certaines fonctionnalités avec des focus groups non-mixtes? Vous pourriez être surpris ! Imaginez que vous ayez découvert un nouvel usage ? Et si les résultats sont les mêmes, pourquoi ne pas porter une attention particulière aux femmes dans la promotion de votre offre ? Pour comprendre ce qui explique le rejet initial. Peut-être identifiez- vous que votre communication n’était pas aussi  “mixte” que vous ne le pensiez ?

 

Pour satisfaire les amoureux de la théorie des jeux et élargir le sujet, nous pourrions aller jusqu’à nous poser la question de l’alignement des intérêts hommes-femmes, du point de vue économique, à une inclusion de l’un et de l’autre dans le développement de cette nouvelle industrie. Si le secteur des crypto actifs était plus inclusifs pour les femmes, serait-il plus profitable pour les femmes, les hommes, les deux ou aucun ?

 

 

Dans ce tableau, je tente un premier jet, intuitivement. Non messieurs, les femmes ne sont pas votre exit liquidity; elles n’arriveront pas dans la prochaine vague d’adoption avec les vieux et les réfractaires au changement. Elles sont déjà présentes, en latence, et coopérer me semble être la solution la plus profitable pour toutes et tous. 

 

Au-delà des sommes qu’elles seraient prêtes à investir, dans les services et opportunités financières de notre secteur, elles ont un rôle à jouer dans la construction d’un cyberespace restructuré par la proposition de valeur des blockchains: la décentralisation, la scalabilité, la sécurité. Elles peuvent contribuer de façon genrée ou non, avec leur us et coutumes, leurs attentes et espérances, à ce que cet espace soit généralement plus accueillant. 

 

En intégrant les femmes dans vos réflexions, vous vous donnez certes l’option d’élargir votre marché, mais vous ouvrez aussi de nouveaux champs des possibles : nouvelles idées, solutions et approches qui vous auraient autrement échappées. Vous préparez aussi votre marque pour les prochaines générations, qui seront conjecturalement plus exigeantes en termes d’inclusivité. Qu’avez-vous à perdre, à essayer ?

 

Agathe Laurent Richard, le 7 mars 2024.

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