Le Bitcoin comme outil économique

Brian O’Hagan – 30 Juil 2018

Le Bitcoin est-il une réserve de valeur ?

Nos précédents articles ont mis en avant les propriétés potentielles de réserve de valeur (Store of value ou SoV) du Bitcoin et la nécessité d’un consensus pour qu’une réserve de valeur fonctionne.

Le Bitcoin est un bon candidat pour devenir une réserve de valeur car il n’est pas lié directement à la production de biens et de services et que seul son réseau secondaire (Lighting Network) permettrait de le faire évoluer en une forme de monnaie. Contrairement à l’or, par exemple, sa production (augmentation de M dans l’équation que nous avons présenté) est parfaitement prévisible. Il est également facile et rapide à transférer, pour un coût faible et sa sécurisation est moins onéreuse.

Autre différence : par rapport à l’immobilier, le Bitcoin ne souffre pas de la pression démographique. (voir graphique ci-dessous: ).

Source : World data Bank; Taux de croissance de la population humaine.

Le Bitcoin en tant que réserve de valeur ne repose donc que sur un consensus. Celui-ci est aujourd’hui porté par les millions d’investisseurs individuels. L’arrivée d’acteurs plus institutionnels permet de renforcer ce consensus, mais seuls les acteurs majeurs (Banques Centrales et Etats) sont capables d’imposer un consensus au niveau global. D’où l’importance pour ces derniers de bien comprendre les intérêts qu’ils auraient à prendre part à ce consensus.

Comment acquérir des bitcoins ?

Contrairement aux monnaies fiduciaires, il est impossible “d’imprimer des bitcoins”. Les solutions pour en obtenir sont :

  • Le minage : une piste pourrait être de convertir des surplus de production électrique en mining de bitcoins (n ous détaillerons cette possibilité dans un prochain article centré sur le sujet) . En effet, l’électricité n’est à ce jour ni stockable, ni transférable de manière efficiente.
  • La collecte : en acceptant par exemple la collecte d’impôts ou de taxes en bitcoins.
  • L’achat : via des devises classiques sur les marchés ou des plateformes spécialisées comme Coinhouse.
  • La saisie : nous avions évoqué la situation des “tainted bitcoin” dans la première partie .

Quels sont les avantages du Bitcoin pour les Banques Centrales, les États et les banques commerciales ?

Les Banques Centrales utilisent déjà différentes réserves de valeurs (SoVs) afin de stabiliser les monnaies fiduciaires qu’elles représentent. Par exemple l’Or (Environ 33.000 tonnes), d’autres monnaies (surtout l’USD) mais aussi des actions et obligations. Le Bitcoin pourrait facilement s’insérer dans ce mécanisme de stabilisation monétaire grâce à la simplicité et la fiabilité de ses protocoles d’audit et de transfert.

Les États disposent également d’autres actifs, comme des biens immobiliers, de l’or ou des actions en bourse (estimé à 1T€ en 2017 pour la France). Certains Etats disposent de taux d’intérêts inférieurs à l’inflation, et même parfois négatifs. Cela signifie qu’un emprunt peut devenir une opportunité. Si un État emprunte à un taux inférieur à l’inflation pour investir dans des bitcoins et si le Bitcoin progresse plus vite que le taux du crédit, alors l’emprunt en monnaie fiduciaire est rentable. Si le Bitcoin progresse plus vite que l’inflation, l’emprunt est également rentable en “pouvoir d’achat”.

Exemple : La France emprunte 1M€ sur 10 ans et investi dans le Bitcoin, son coût total est de 3,2% du montant emprunté (taux nominal de 0,628% par an). Si la progression du Bitcoin est supérieure à 3,2% en dix ans, l’État peut rembourser son emprunt sans vendre tous les bitcoins empruntés. Les bitcoins restant vont alors rejoindre la liste des actifs de l’État.

Enfin, le Bitcoin est également une opportunité pour les Banques (le terme banque désigne ici le sens commun de banques commerciales où particuliers et entreprises disposent de comptes). Elles disposent en effet du pouvoir de création monétaire via des crédits, avec toutefois certaines limites (Ratio McDonough).

Le Bitcoin peut être un candidat, dans le cadre où les Banques Centrales le permettent, pour constituer une partie des réserves obligatoires. Si le Bitcoin progresse plus vite que l’inflation, la valeur en monnaie fiduciaire et en pouvoir d’achat de ces réserves augmente, augmentant de ce fait les capacités d’émissions de crédit pour ces banques.

Conclusion : Le Bitcoin est-il (déjà) un actif comme les autres ?

Nous avons donc observé comment une nouvelle classe d’actif, le Bitcoin, né d’une volonté de s’affranchir des Etats et du monde bancaire peut en réalité devenir leur meilleur allié. Il
présente même des avantages, notamment une inflation contrôlée et l’absence de besoin
d’un “tiers de confiance”.

Si les acteurs majeurs reconnaissent ces avantages potentiels et utilisent le Bitcoin comme
un outil économique, ils participeront alors au consensus qui fait apparaître ces avantages
(une forme de prophétie auto-réalisatrice). Sans pour autant renoncer aux monnaies
traditionnelles (qui ont un intérêt économique) dans un couple vertueux fiduciaire/bitcoin.

Si ce scénario se réalise, cela signifierait que le Bitcoin est actuellement extrêmement
sous-évalué. Dans tous les cas, quantifier le “risque” que ce scénario se réalise et constituer
des réserves à hauteur de ce risque semble le scénario le plus prudent pour ces acteurs (afin
de pas “sur-payer” leurs bitcoins, en étant en retard par rapport aux autres acteurs).

Un indicateur permettant d’observer le Bitcoin comme réserve de valeur est de comparer la
capitalisation totale de bitcoin (141B$ aujourd’hui) au M2 (masse monétaire “disponible” à
court terme) de la monnaie fiduciaire qui joue le rôle principal de réserve de valeur au niveau
mondial : l’USD (14,2T$).

En tant que tel, cet indicateur a peu de sens. Mais son évolution peut donner une idée de
l’évolution du “consensus” Bitcoin comme réserve de valeur à moyen terme.

Évolution du ratio capitalisation de BTC/M2 USD sur 12 mois source : Coinmarketcap.com et Fed.

Pour remettre les choses en contexte, le même type de ratio appliqué à l’or est proche de 50%. L’or est donc plus “accepté” comme une réserve de valeur que le Bitcoin.

Si le Bitcoin est encore loin d’avoir fait ses preuves au niveau économique comme réserve de valeur, sa stabilité technique et son haut niveau de sécurité ont été largement prouvé ces 10 dernières années. Il présente les caractéristiques d’un investissement à haut potentiel mais aussi à haut risque (car il est impossible à ce jour pour les épargnants individuels de
convertir cet actif en monnaie fiduciaire sans l’aide d’une institution spécialisée).

Des signes récents (comme l’intérêt marqué d’acteurs institutionnels pour le Bitcoin) laissent entrevoir un futur optimiste, mais le chemin à parcourir reste grand avant que le Bitcoin devienne un actif de référence. Cela remet donc en question l’argument ‘il est trop tard pour investir’.

Partie 1 : Théorie Quantitative de la Monnaie appliquée au Bitcoin
Partie 2 : Les cryptommonnaies réagissent différement des cryptoactifs
Partie 3 : Bitcoin comme « outil » économique

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